Tanganyika : Jusqu’à quand la RDC importera-t-elle ce qu’elle peut produire ?

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Chronique de Rodrigue Kolaba Koto



Kalemie, 01 juin – La République Démocratique du Congo possède l’une des terres les plus arables d’Afrique, classée parmi les plus propices à l’agriculture sur le continent. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre : le pays continue d’importer massivement des produits de première nécessité, au point de susciter un malaise croissant dans l’opinion publique. La question est simple : la RDC est-elle condamnée à dépendre de l’étranger pour se nourrir ?


Une dépendance qui interpelle


Selon plusieurs sources officielles recoupées par Legon News, le sol congolais est plus fertile que celui de certains pays voisins comme le Burundi. Mais cette richesse reste sous-exploitée. La RDC, à travers ses provinces, se comporte davantage en consommatrice qu’en productrice, alimentant ainsi les économies voisines au détriment de la sienne.


Le Tanganyika, miroir de ce paradoxe


Le Tanganyika illustre parfaitement cette contradiction. Riche en minerais et dotée de sols fertiles sur l’ensemble de ses territoires, la province importe pourtant une grande partie de ce qu’elle pourrait produire localement. De Nyunzu à Moba, en passant par Manono, Kongolo, Kabalo et Kalemie, le potentiel agricole est réel. Mais dans les faits, seul le territoire de Moba joue aujourd’hui le rôle de grenier agricole de la province, approvisionnant Kalemie et plusieurs autres centres de consommation.


À Kalemie, chef-lieu du Tanganyika, environ 75 % des produits de première nécessité proviennent de l’étranger. Les tomates, oignons, choux et autres légumes viennent majoritairement de Tanzanie. Les cacahuètes, très consommées localement, sont importées du Burundi. La liste est longue. Cette dépendance met en évidence une faille structurelle : le pays produit peu, transforme moins, et exporte presque rien.


Entre manque d’appui et démotivation des producteurs

Pour les experts consultés par Legon News, la responsabilité est partagée. D’un côté, l’appui du gouvernement aux agriculteurs reste minimal, voire inexistant dans certaines zones. De l’autre, le manque de sensibilisation et d’organisation au niveau des communautés rurales freine l’initiative locale.


Mais les agriculteurs eux-mêmes pointent des obstacles concrets : absence de routes praticables pour désenclaver les zones de production, multiplicité des taxes sur les marchés locaux, insécurité et manque d’intrants agricoles. Autant de charges qui rendent l’activité agricole peu rentable et découragent les initiatives.


Produire pour exporter, pas l’inverse


Alors que la RDC devrait miser sur ses atouts pour produire, transformer localement et exporter afin de stimuler son économie et garantir sa sécurité alimentaire, elle fait le choix inverse. Le résultat est une économie extravertie, vulnérable aux chocs extérieurs et incapable de créer suffisamment d’emplois locaux.


Tant que cette dynamique ne changera pas, le débat sur la « paresse » ou la « fatalité » restera secondaire. Le vrai défi est celui de la volonté politique, de l’investissement dans les infrastructures rurales et de la confiance à redonner aux producteurs.

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