Par Rodrigue Kolaba Koto
Beni, 13 juin 2026 - Depuis 1984, la République démocratique du Congo avance à l’aveugle. Aucun recensement général de la population n’a été réalisé depuis plus de 40 ans. Un vide qui, selon le juriste Romy Kakule Kirumba, affaiblit gravement la souveraineté et hypothèque l’avenir du pays.
30 millions en 1984, 110 millions aujourd’hui : à l’estime
En 1984, le Zaïre comptait environ 30 millions d’habitants. Aujourd’hui, la population congolaise est estimée à plus de 110 millions. Guerres, déplacements massifs, explosion démographique, création de nouvelles provinces : le pays a profondément changé.
« Mais comment planifier l’avenir d’un pays lorsque l’on ignore précisément combien de citoyens vivent sur son territoire, où ils se trouvent, quelles sont leurs conditions de vie et quels sont leurs besoins fondamentaux ? », interroge Romy Kakule Kirumba.
Un problème de souveraineté, pas seulement de chiffres
Pour l’analyste, l’absence de recensement n’est pas un simple déficit statistique. C’est une question de souveraineté nationale. Sans données fiables, l’État ne peut répartir équitablement les ressources, construire des écoles, des hôpitaux, des routes, ni anticiper les besoins en emploi et en logement.
« Lutter contre la pauvreté lorsque les chiffres eux-mêmes demeurent incertains » relève de l’impossible, souligne-t-il.
Des défis réels, des enjeux politiques
Les autorités invoquent l’argent, la logistique, l’immensité du territoire et l’insécurité. Des obstacles réels, admet Romy Kakule Kirumba. Mais ils ne suffisent plus à expliquer 40 ans d’attente.
Derrière les difficultés techniques se cachent des enjeux politiques lourds : poids démographique des provinces, répartition des sièges parlementaires, transparence électorale. « Dans un contexte où la démographie est intimement liée à la représentation politique et à la distribution des ressources publiques, les chiffres deviennent un enjeu de pouvoir », analyse-t-il.
Le peuple congolais, première victime
Chaque année sans recensement affaiblit la capacité de l’État à répondre aux besoins de sa population. Chaque décision basée sur des estimations augmente le risque d’erreurs. Chaque retard prive la nation d’un outil essentiel de gouvernance.
Romy Kakule Kirumba pointe aussi les sujets sensibles laissés en suspens : migrations, déplacés, dynamiques frontalières, controverses sur la nationalité. « Un recensement rigoureux apporterait des réponses objectives à de nombreux débats qui alimentent régulièrement les tensions politiques et communautaires ».
Rgph2 : l’heure de vérité
Aujourd’hui, le projet du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat Rgph2 relance l’espoir. Avec l’appui des partenaires internationaux et l’engagement des autorités, la RDC semble prête à combler ce vide historique.
« Le recensement ne doit pas être perçu comme une simple opération administrative. Il représente un acte de vérité nationale. Il permettra à chaque Congolais d’être reconnu, compté et pris en considération », conclut Romy Kakule Kirumba.
Après quarante ans d’attente, compter les Congolais est devenu « un impératif patriotique ». Car, dit-il, « une nation qui connaît ses réalités dispose des moyens de planifier son développement et de renforcer sa souveraineté ».


Exprimez-vous