Par Rodrigue Kolaba Koto
Kinshasa, 15 mai 2026 - Le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a publiquement critiqué l’accord de paix signé récemment sous l’égide des États-Unis entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Pour le gynécologue et défenseur des droits humains, le texte privilégie l’exploitation des ressources naturelles congolaises au détriment d’une stabilisation sécuritaire durable.
Un accord perçu comme déséquilibré
Dans ses déclarations, le fondateur de l’Hôpital de Panzi dénonce un compromis diplomatique qui, selon lui, répond davantage aux intérêts économiques extérieurs qu’aux besoins de sécurité des populations de l’Est du pays. « Un accord qui met l’accent sur l’accès aux minerais sans s’attaquer aux causes profondes du conflit risque de reproduire le cycle de violence », a-t-il souligné. Le praticien, régulièrement confronté aux conséquences humanitaires de la guerre dans le Nord et le Sud-Kivu, estime que toute solution durable doit passer par la fin de l’impunité, le retrait des groupes armés et la protection des civils. Il craint qu’un accord axé sur les aspects économiques ne laisse les victimes sans réparation ni justice.
Un appel à replacer les victimes au centre
Denis Mukwege rappelle que la paix ne peut se réduire à un arrangement géopolitique. Il plaide pour une approche qui associe vérité, justice et réparations, et qui implique les communautés locales dans les négociations. L’accord, présenté par Washington comme une avancée pour la stabilité régionale et l’investissement dans les minerais stratégiques, n’a pas encore été détaillé publiquement dans son intégralité. Cette opacité nourrit les inquiétudes d’acteurs de la société civile qui redoutent une répétition des schémas passés, où l’exploitation des ressources a alimenté le conflit.
Une voix influente dans le débat
Prix Nobel de la paix pour son combat contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, Denis Mukwege reste l’une des voix les plus écoutées sur la crise à l’Est de la RDC. Sa prise de position relance le débat sur les conditions d’une paix crédible dans la région, à l’heure où plusieurs initiatives diplomatiques se multiplient. Il appelle la communauté internationale à ne pas dissocier la stabilisation sécuritaire de la gestion des ressources, et à garantir que tout accord profite d’abord aux Congolais.


Exprimez-vous