Par Rodrigue Kolaba Koto
Goma, 31 mai 2026 – La nomination d’une nouvelle équipe dirigeante à l’Université de Goma par l’Alliance Fleuve Congo/M23 vient de rouvrir la plaie de l’incertitude à l’UNIGOM. Pour le monde académique, cette décision, prise en remplacement du Prof. Muhindo Mughanda, fait planer une série de menaces sur l’avenir de l’institution et sur le parcours de milliers d’étudiants.
Selon la décision n°032/COORDA-PAJD/BB/AFC-M23 du 29 mai 2026, signée par Freddy R. Kaniki, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, le Prof. Jean-Baptiste Kakoma Sakatolo Zambeze a été nommé recteur en remplacement du Prof. Muhindo Mughanda, révoqué la veille, soit le 28 mai 2026. L’AFC/M23 justifie sa décision par l’absence prolongée du recteur à son lieu de service, afin de se justifier sur des accusations de mauvaise gestion et de détournement portées contre lui.
Cette décision de la rébellion de l’AFC/M23 constitue un mauvais signal pour l’avenir de cette université et de milliers d’étudiants de la région. Voici, selon notre analyse, les 5 risques qui menacent cette institution.
1. Des diplômes potentiellement contestés
Premier risque, et non des moindres : la reconnaissance. Sans validation officielle du ministère de l’ESU à Kinshasa, les diplômes délivrés par la nouvelle administration risquent d’être fragilisés. Conséquence directe : blocage aux concours publics, refus d’inscription en master/doctorat dans d’autres universités, et difficultés d’embauche pour les lauréats. Un préjudice lourd pour les étudiants, premières victimes de cette crise.
2. Isolement institutionnel et scientifique
L’UNIGOM risque de sortir du système national de l’ESU. Partenariats académiques, programmes d’échanges, projets de recherche financés : tout le réseau scientifique construit avec d’autres universités congolaises et étrangères pourrait se fissurer. L’université se retrouverait alors en vase clos, coupée des dynamiques régionales et internationales.
3. Dérive financière et académique
Qui financera l’université demain ? Les subventions de l’État, les appuis des partenaires, les frais académiques : tout le modèle économique est ébranlé. À cela s’ajoutent des craintes sur l’entretien des infrastructures, l’approvisionnement des laboratoires et les conditions d’enseignement. Sans budget stable, la qualité de la formation ne peut que se dégrader.
4. Exode des enseignants qualifiés
Dans un climat d’incertitude juridique et sécuritaire, plusieurs professeurs et chercheurs pourraient choisir de partir. Déjà fragilisée par les années de conflit, l’UNIGOM risque de perdre ses cadres les plus expérimentés. Un départ massif impacterait directement les cours, l’encadrement des TFC et mémoires, et la réputation scientifique de l’université.
5. L’année académique en sursis
Entre insécurité, tensions politiques et appels au boycott qui circulent déjà sur les campus, le calendrier académique est menacé. Étudiants, parents et corps académique redoutent des perturbations, des années blanches et un gâchis pour toute une génération.
Un héritage mis en péril
Pour rappel, le Prof. Muhindo Mughanda dirigeait l’UNIGOM depuis 5 ans après sa nomination par le ministère de l’ESU. Son mandat avait été marqué par la modernisation des infrastructures, l’équipement des laboratoires et la formation des enseignants. Tous ces acquis se retrouvent aujourd’hui suspendus à l’incertitude politique.
Enjeu : Au-delà du bras de fer institutionnel, c’est l’avenir de 15 000 étudiants et la crédibilité d’une des plus grandes universités publiques du Nord-Kivu qui se joue. Le monde académique attend désormais une clarification rapide des autorités de tutelle pour éviter que l’UNIGOM ne paie le prix d’une crise qu’elle n’a pas choisie.


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