Nord-Kivu : Quand une femme brise le silence et renvoie la rébellion à sa propre conscience

Abdoul Madjid KOYAKELE
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Lors des obsèques des civils tués à Katoyi, dans l’est de la République démocratique du Congo, une scène d’une rare intensité morale a profondément marqué les esprits. Loin des discours armés et des slogans belliqueux, une femme congolaise, en larmes, a opposé à la violence des mots simples, lourds de mémoire et de vérité.  


Face à Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M-23, présent à Goma ce 8 janvier 2026 pour un hommage officiel aux victimes, cette femme n’a ni crié ni menacé. Elle a rappelé l’essentiel : l’origine, l’histoire et la responsabilité.  


« Ba Rwandais bana kuya ku tu uwiya mu Congo. Usi saahu uko mototo ya Kisangani », autrement dit : « Les Rwandais sont en train de venir nous tuer au Congo. N’oublie pas que tu es un fils de Kisangani »  


Ces paroles, prononcées dans la douleur, ont résonné comme un acte de courage civique. Elles traduisaient à la fois la souffrance d’un peuple meurtri et l’interpellation directe d’un homme accusé par une partie de l’opinion de s’être détourné de la cause nationale.  


Quelques instants plus tôt, Corneille Nangaa avait tenu un discours solennel au nom de l’AFC/M-23, se présentant comme garant de la sécurité des populations dans les zones sous contrôle de ce mouvement armé.  


« Je tiens à rassurer solennellement, au nom de l’AFC/M-23, les populations des territoires libérés : l’AFC/M-23 demeure pleinement engagé à assurer leur protection contre toute menace, d’où qu’elle provienne », a-t-il déclaré.  


Mais pour de nombreux Congolais présents, ces propos sonnaient en décalage total avec la réalité vécue sur le terrain. Les victimes honorées ce jour-là étaient précisément des civils, morts dans un contexte de violences attribuées à ce même groupe armé, qualifié de rebelle par les autorités congolaises et plusieurs observateurs internationaux.  


La réaction de Corneille Nangaa à l’interpellation de la femme a été brève : un silence pesant, un regard fuyant. Pour beaucoup, ce mutisme a été plus éloquent que n’importe quelle réponse. Il traduisait le malaise d’un leadership contesté, confronté non pas à un adversaire armé, mais à une citoyenne désarmée, parlant au nom des morts.  


Ce moment a dépassé le cadre d’une simple cérémonie funéraire. Il s’est imposé comme un symbole : celui d’une population qui refuse la confiscation de sa douleur par des acteurs armés et qui rejette toute alliance perçue comme contraire à la souveraineté nationale.  


En rappelant à Corneille Nangaa ses origines - fils de Kisangani, ville martyre des conflits armés - cette femme a ravivé une mémoire collective encore vive. Kisangani demeure, dans l’imaginaire national, un symbole des souffrances infligées par les guerres successives et les ingérences étrangères.  


« Les Rwandais ne viendront jamais nous gouverner au Congo. N’oublie jamais que tu es fils de Kisangani », a-t-elle insisté, selon plusieurs témoins.  


Par cette phrase, elle a exprimé un rejet clair de toute domination étrangère et une exigence de loyauté envers la nation congolaise.  


Cette scène, captée par plusieurs témoins, restera sans doute comme l’un des moments les plus marquants de cette séquence tragique au Nord-Kivu. Une femme, sans armes ni protection, a parlé au nom des victimes. En face, un chef rebelle, exposé à la vérité brute, n’a opposé que le silence.  


Dans un conflit où les armes occupent trop souvent tout l’espace, cet épisode rappelle que la parole des civils, lorsqu’elle est portée par la douleur et la mémoire, peut devenir une forme de résistance plus puissante que la violence.  


Quand la vérité pleure, la trahison - réelle ou perçue - baisse les yeux.  


 Abdoul Madjid Koyakele.

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