Par Sadrack Bihamba depuis Lubero
Lubero, 10 mai 2026 - Dans la localité de Bukomerwa, chefferie des Batangi, territoire de Lubero au Nord-Kivu, une mauvaise habitude prend de l’ampleur : le « kisendo ». C’est le nom donné localement à ces petits groupes qui se forment chaque jour pour consommer de l’alcool de banane, appelé kasiksi, ou la boisson coutumière mushikisi en langue nande.
1. Une pratique qui n’épargne personne
Ici, vieux, jeunes, femmes seules et même mineurs se retrouvent chez les vendeuses d’alcool. L’effet d’entraînement est fort : un homme qui ne buvait pas finit par chercher un ami pour « s’habituer » et faire la tournée des débits de boisson. Le kisendo devient un mode de vie.
2. Une terre fertile, mais minée par l’alcool
Bukomerwa est une localité très fertile, grande productrice de manioc. Elle approvisionne les villages voisins comme Mighobwe, Kirumba et d’autres contrées. Paradoxalement, cette abondance agricole s’accompagne d’une consommation excessive d’alcool. L’accès facile aux bananes pour fabriquer le kasiksi et les revenus tirés du manioc alimentent les circuits de la boisson.
3. Conséquences sociales : adultère et dislocation familiale
Avec le kisendo, les dérives se multiplient. Des hommes mariés commettent l’adultère, notamment auprès des femmes vivant seules. Les foyers se disloquent, les conflits conjugaux augmentent. Les jeunes, déscolarisés, imitent les aînés. Les mineurs, exposés très tôt, abandonnent l’école pour rejoindre les groupes de buveurs.
4. Conséquences sanitaires et économiques
5. Le recours au fétichisme
Face aux maladies et aux malheurs attribués à l’alcool, le recours au fétichisme s’intensifie. Pour un grand nombre d’habitants, le fétiche devient la première réponse avant le poste de santé. Ce cercle vicieux aggrave la situation sanitaire et retarde la prise en charge médicale.
Que faire ?
Des leaders locaux et des églises tentent de sensibiliser, mais le phénomène reste massif. Sans alternative économique pour les jeunes, sans encadrement des débits de boisson et sans centre de santé équipé, le kisendo risque de continuer à détruire le tissu social de Bukomerwa.


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