Kinshasa le 03 Février 2026, cepuis 1999, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont multiplié les accords, processus et mécanismes diplomatiques censés ramener la paix dans l’Est du pays. Lusaka, Sun City, Pretoria, Goma, Addis‑Abeba… la liste est longue, impressionnante, presque historique. Pourtant, malgré plus d’une dizaine de textes signés ou lancés, la situation sécuritaire reste explosive. Les armes continuent de parler plus fort que les signatures, et les populations civiles demeurent les premières victimes.
Les premiers accords, eux, sont incontestables. L’Accord de Lusaka (1999), l’Accord de Sun City (2002), l’Accord de Pretoria (2002), l’Accord de Luanda (2002), l’Accord global et inclusif (2002), le Pacte de Nairobi (2006), les Actes d’engagement de Goma (2008), l’Accord du 23 mars 2009 et l’Accord‑cadre d’Addis‑Abeba (2013) sont des textes historiques, reconnus par l’ONU, l’Union africaine et les archives diplomatiques. Ils ont posé les bases de la transition politique congolaise et tenté de structurer une paix durable.
Mais au-delà de ces accords solides, d’autres initiatives sont souvent présentées comme des “accords” alors qu’il s’agit plutôt de processus de négociation. Les discussions de Munyonyo en 2012, les pourparlers CNDP–M23 de 2013, le Processus de Nairobi en 2022 ou encore les consultations de Kampala la même année n’ont jamais débouché sur des accords formels signés et publiés. Ils ont joué un rôle dans la gestion temporaire des tensions, mais n’ont jamais eu la force juridique ou politique des grands accords précédents.
Plus récemment, certaines dates circulent dans l’opinion — comme des “Accords de Luanda 2024”, un “Accord de Doha 2025” ou un “Accord de Washington 2025” — mais aucune source diplomatique ou institutionnelle ne confirme l’existence de tels textes. Il s’agit soit de projections, soit d’interprétations militantes, soit d’informations non vérifiées. Pour un média sérieux, il est essentiel de distinguer les faits des approximations.
Ce constat n’enlève rien à la réalité : malgré les accords formels, les processus régionaux et les feuilles de route, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC reste instable. Le M23 occupe des territoires, Kigali nie toute implication, Kinshasa accuse, et les partenaires internationaux appellent au calme. Le cycle se répète, presque mécaniquement, comme si chaque accord n’était qu’une parenthèse avant la prochaine crise.
La vérité est brutale : le problème n’est plus le manque d’accords. Le problème, c’est le manque d’application. Le manque de volonté politique. Le manque de mécanismes contraignants. Le manque de cohérence régionale. Le manque de pression internationale. Le manque d’unité nationale. Tant que les accords resteront des signatures sans suivi, la paix restera un mirage.
Pourtant, la multiplication de ces initiatives montre qu’une volonté de dialogue existe, même si elle reste insuffisante. La RDC ne peut plus se contenter de signatures symboliques. Elle a besoin d’engagements concrets, d’un suivi rigoureux et d’une diplomatie cohérente. La solution passera par une approche plus ferme, impliquant les États, les communautés locales et les partenaires internationaux.
Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus de signer un énième accord, mais de faire appliquer ceux qui existent déjà. La paix ne viendra pas d’un texte supplémentaire, mais d’une volonté politique réelle, d’une unité nationale renforcée et d’une stratégie régionale claire. Après vingt‑six ans d’accords sans solutions durables, le Congo mérite enfin une paix qui dépasse les signatures et se matérialise sur le terrain.
Abdoul Madjid Koyakele


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